Méthodologie

Nous n'avons rien modélisé. Nous avons pris une courbe publiée, des températures réelles, et des prix officiels. Puis nous avons compté. Voici exactement comment.

Principes généraux

L'analyse repose sur deux composantes indépendantes, calculées séparément, sans double comptage. La première estime les revenus perdus par les travailleurs exposés à la chaleur. La seconde estime le surcoût en électricité pour les locaux commerciaux climatisés. Ces deux populations sont distinctes par construction : un travailleur dans un local climatisé n'est pas exposé à la chaleur.

Chaque composante utilise des données publiques et des hypothèses déclarées. Quand une valeur est incertaine, nous testons trois scénarios (bas, central, haut) pour montrer la fourchette. Aucun paramètre n'est ajusté pour obtenir un résultat prédéterminé.

Philosophie de l'analyse

Ce travail n'est pas un modèle économique. C'est un exercice de comptage. Nous prenons une relation physique établie (la courbe ILO/ISO), des données météorologiques réelles, et des prix observables. Le seul « modèle » est la courbe température-capacité, et nous ne l'avons pas inventée — l'OIT et l'ISO l'ont publiée après des décennies de recherche.

Composante 1 : Perte de revenus des travailleurs

Données de température

Source
Open-Meteo Historical Weather API

Données horaires pour Nouakchott (lat 18.0858, lon −15.9785), période 2019–2025. Température à 2m, humidité relative, vitesse du vent — les trois composantes nécessaires au calcul WBGT.

Conversion en WBGT

Le WBGT (Wet Bulb Globe Temperature) est l'indice de stress thermique utilisé par l'ISO 7243. Il combine la température sèche, l'humidité, et le rayonnement solaire. Nous utilisons la formule simplifiée de Liljegren (2008) pour convertir les données météorologiques en WBGT heure par heure.

Courbe de capacité

Source
ILO (2019), Working on a Warmer Planet + ISO 7243:2017

Courbe de capacité de travail à intensité modérée (200–300W métabolique). En dessous de 26°C WBGT : 100% de capacité. Au-delà : décroissance mesurable par degré.

Heures de travail

Plage horaire
08h00 – 18h00, 6 jours / semaine

Nous couvrons les heures ouvrées typiques des marchés et commerces de Nouakchott. Le vendredi est travaillé (demi-journée dans certains cas), le dimanche est exclu. Cela donne environ 2 600 heures ouvrées par an.

Salaire de référence

SMIG Mauritanie
3 000 MRU / mois (ILO ILOSTAT 2022)

Utilisé comme unité de base. Le scénario central applique un multiplicateur de 1.4× pour refléter le revenu informel typique.

Formule — Perte de revenus
Pour chaque heure h dans [08:00, 18:00] :
  capacité(h) = f_ILO(WBGT(h))      # entre 0 et 1
  perte(h)    = 1 − capacité(h)

Heures perdues / an = Σ perte(h)     # ≈ 730 h

Coût / travailleur  = heures_perdues × (salaire_annuel / heures_ouvrées)
                    = 730 × (1.4 × 36 000 / 2 600)
                    = 14 742 MRU

Coût urbain         = 14 742 × 120 000 travailleurs
                    = 1 769 M MRU

Population exposée

Travailleurs exposés
120 000 (estimation centrale)

Travailleurs de l'économie informelle et semi-formelle exposés à la chaleur : marchands, artisans, chauffeurs, maçons, vendeurs ambulants. Exclut les travailleurs en bureau climatisé et l'administration. L'estimation est conservatrice — la population active de Nouakchott dépasse 300 000.

Composante 2 : Surprime climatisation

Stock de locaux commerciaux
94 296 espaces

JICA (2018), Nouakchott Urban Master Plan, Table I-14. Inclut commerces, bureaux, ateliers, services.

Taux d'équipement AC
1/5 (bas) · 1/3 (central) · 1/2 (haut)

Estimation locale déclarée. Pas de source officielle disponible. Le scénario central (1 sur 3) est cohérent avec l'observation du tissu commercial.

Tarif électricité
5.903 MRU / kWh (SOMELEC, tarif professionnel)

Tarif effectif pour les consommateurs professionnels, non subventionné.

Formule — Surprime AC
Locaux équipés = 94 296 × taux_pénétration
               = 94 296 × 1/3 = 31 432 (central)

Conso mensuelle par local ≈ f(température moyenne du mois)
  → varie de ~150 kWh/mois (janvier) à ~450 kWh/mois (octobre)

Coût mensuel   = locaux × conso_mois × 5.903 MRU/kWh
Coût annuel    = Σ coût_mensuel (12 mois)
               = 869 M MRU (central)

Limites et ce que nous ne comptons pas

Toute analyse honnête doit nommer ce qu'elle ne capture pas. Voici les nôtres.

Non compté — Impact sanitaire

Les hospitalisations liées à la chaleur, la mortalité, les effets chroniques sur la santé des travailleurs exposés. Ces coûts sont réels mais nécessitent des données épidémiologiques que nous n'avons pas.

Non compté — Coupures de courant

Les délestages SOMELEC réduisent l'efficacité réelle de la climatisation. Un commerce climatisé qui subit 3 heures de coupure par jour en octobre ne bénéficie pas pleinement de son investissement. Nous n'avons pas de données fiables sur la fréquence et la durée des coupures.

Non compté — Secteur formel dégradé

Les bureaux mal climatisés — ceux dont la clim ne tient pas face à la charge thermique, ou qui subissent les coupures. Ces travailleurs ne sont ni « exposés » ni « protégés » au sens de notre modèle.

Non compté — Agriculture périurbaine

Les pertes de rendement agricole dans la ceinture maraîchère de Nouakchott. Le stress thermique affecte les plantes autant que les travailleurs, mais c'est un calcul différent.

Chacune de ces exclusions tire dans la même direction : le coût réel de la chaleur est probablement supérieur à nos estimations. Nous préférons un chiffre conservateur et défendable à un chiffre exhaustif et spéculatif.

Nous n'avons rien modélisé. Nous avons observé la ville, et compté.