01 · La courbe
La relation entre chaleur et capacité de travail
Nous n'avons pas inventé cette courbe. L'OIT et l'ISO l'ont établie, testée, et publiée. Nous l'avons simplement appliquée aux températures réelles de Nouakchott.
Ce que dit la science
Quand la température ambiante dépasse un certain seuil, le corps humain doit consacrer de plus en plus d'énergie à se refroidir. Cette énergie est soustraite directement de la capacité de travail. Ce n'est pas une théorie — c'est le résultat de décennies de recherche en physiologie du travail, codifié dans la norme ISO 7243:2017 et documenté dans le rapport de l'OIT Working on a Warmer Planet (2019).
La courbe fonctionne ainsi : en dessous de 26°C WBGT (température du thermomètre mouillé), un travailleur à intensité modérée conserve 100% de sa capacité. Au-delà, chaque degré supplémentaire entraîne une perte mesurable. À 33°C WBGT, la capacité résiduelle est d'environ 50%. À 36°C, elle approche zéro pour un travail physique soutenu.
Pourquoi l'intensité modérée ?
Nous utilisons le niveau d'intensité modérée (200–300W de taux métabolique) parce que c'est celui qui correspond au travail typique des marchés, des chantiers, et des commerces de Nouakchott. Ce n'est ni le travail de bureau (intensité légère), ni le travail de force pure (intensité lourde). C'est le travail de quelqu'un qui porte des marchandises, qui est debout toute la journée, qui s'active sous un auvent de tôle.
Courbe ILO/ISO 7243 à intensité modérée. Les lignes verticales marquent les températures moyennes de Nouakchott en janvier (meilleur mois) et octobre (pire mois).
Ce que ça donne à Nouakchott
Nous avons pris les données horaires d'Open-Meteo pour les coordonnées de Nouakchott (18.0858°N, −15.9785°W) sur la période 2019–2025. Pour chaque heure ouvrée (08h–18h), nous avons converti la température en WBGT et appliqué la courbe ILO/ISO pour obtenir un facteur de capacité entre 0 et 1.
Le résultat agrégé : sur une année type, Nouakchott conserve environ 80% de sa capacité de travail théorique. Les 20% restants sont absorbés par la chaleur. Ce n'est pas un défaut des travailleurs — c'est le climat qui impose une contrainte physique incompressible.
Mois par mois
La compression n'est pas uniforme. Janvier perd 9% — la ville fonctionne presque à plein. Mais dès avril, la perte dépasse 15%, et elle ne redescend qu'en décembre. Le pic est en octobre : 37.8% de capacité perdue. C'est plus d'un tiers du potentiel de travail qui disparaît pendant un mois entier.
| Mois | Compression | Capacité résiduelle |
|---|---|---|
| Janvier | 9.0% | 91.0% |
| Février | 9.5% | 90.5% |
| Mars | 12.8% | 87.2% |
| Avril | 15.6% | 84.4% |
| Mai | 19.2% | 80.8% |
| Juin | 24.1% | 75.9% |
| Juillet | 26.3% | 73.7% |
| Août | 28.5% | 71.5% |
| Septembre | 34.2% | 65.8% |
| Octobre | 37.8% | 62.2% |
| Novembre | 20.7% | 79.3% |
| Décembre | 11.3% | 88.7% |
La colonne de compression ne surprendra personne à Nouakchott. Septembre et octobre, tout le monde le sait, sont les mois où la ville tourne au ralenti. Ce que cette analyse ajoute, c'est un chiffre : combien exactement, et combien ça coûte.
La courbe n'est pas un modèle. C'est un thermomètre appliqué au travail — si la température est X, la capacité est Y. Pas de paramètre libre.